Expositions
MOMENTA x VUCAVU
« Underneath Big Skies »
Momenta Biennale d’art contemporain présente Underneath Big Skies, un programme vidéo accessible du 28 avril au 12 mai 2026. Commissarié par Mariana Muñoz Gomez, ce projet réunit des artistes émergent·e·s et établi·e·s dont les œuvres examinent les relations entre les êtres humains, les environnements et les territoires. Inscrit dans les initiatives parallèles de la Biennale, il met en lumière la diversité des pratiques contemporaines actuelles.
Mariana Muñoz Gomez est artiste, écrivaine et commissaire d'exposition. Sa pratique artistique s'appuie souvent sur l'image et élabore son travail sur divers supports. Elle explore les notions de lieu, d'identité et de langage, ainsi que les liens entre ces thèmes et la colonialité, la temporalité et la relationnalité. Mariana a participé à divers collectifs à Winnipeg et est actuellement co-rédactrice en chef de Carnation Zine.
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Programmation :
- Midnight Migrations, dir Darcy Tara McDiarmid & Chantal Rousseau, VP (17min 31sec)
- Collapsing Wave Function, dir Tyson Houseman, VP (6min 50sec)
- A Beaten Path, dir Toby Gillies & Natalie Baird, VP (3min)
- Wînipêk, dir James Dixon, VP (9min 33sec)
- on the day it started there wasn't a cloud in sight, dir Christina Battle, CFMDC (5min 30sec)
- Extractions, dir Theo Jean Cuthand, CFMDC (15min 12sec)
- A Valley in Twain, dir Kathryn Boyer, VP (2min 45sec)
- Shea, by NASRA, dir Effy Adar, WFG (2min 40sec)
- When Land and Body Merge, dir Lindsay Delaronde & Jaime Black, VP (8min 34sec)
- River Revelations, dir Darcy Tara McDiarmid & Chantal Rousseau, VP (5min 3sec)
Essai de Mariana Muñoz Gomez
Un troupeau de caribous voyage à travers les saisons et les paysages. L’inconscient de la forêt scintille. Des chardons persistent malgré le béton. Un cœur aspire à une relation et à une maison. Des instants de pause au milieu des champs de blé, des balles de foin et de la machinerie rappellent les désastres précédents. Des inquiétudes apparaissent alors que l’exploitation du territoire résonne avec les réflexions sur le fait d’avoir des enfants. Une maison perdue en raison du déplacement est revisitée. Un beurre de karité transporte les souvenirs intergénérationnels d’une famille déplacée. Deux personnes explorent leurs relations au territoire en étant liées malgré la distance. Une corneille nous conduit vers une rivière où plusieurs êtres vivants nagent, marchent, chassent, observent et volent.
J’ai entamé ma recherche pour ce programme en m’intéressant tout particulièrement aux Prairies ou aux points de vue des cinéastes des Prairies. Toutefois, cette liste de films se conclut par deux vidéos provenant du Yukon réalisées par Darcy Tara McDiarmid et Chantal Rousseau. En voyant les caribous dans le film Midnight Migrations, je me suis souvenue que ceux-ci migrent sur de longues distances : différentes aires de répartition du caribou s’étendent du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut jusqu’aux provinces des Prairies, soit l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba. Interpellée par l’attention que le film porte aux liens que les caribous entretiennent avec les nombreux endroits où ils vivent, j’ai élaboré la programmation de Underneath Big Skies autour du thème des relations entre les êtres humains et non humains, et les lieux.
L’œuvre Collapsing Wave Function de Tyson Houseman fait écho aux ciels sombres qui ouvrent et ferment Midnight Migrations en imaginant à quoi rêvent les plantes et quelle est leur relation au temps. La vidéo image par image de Toby Gilles et Natalie Baird, a beaten path, fait un zoom avant pour suggérer le mouvement des plantes au milieu d’un terrain urbain hostile.
Dans Wînipêk, on montre les paysages qui entourent et composent la ville de Winnipeg. Ce film de James Dixon évoque directement un lieu et aborde le sentiment d’appartenance et d’attachement à celui-ci en transformant une relation qui a été rompue par la colonisation. Les lieux dépeints dans Winipek sont chargés d’émotions, ponctués par la perte et le désir.
on the day it started there wasn’t a cloud in sight présente des paysages typiques des Prairies : hautes herbes, silos à grains et vastes ciels bleus. Cette vidéo de Christina Battle met en parallèle deux périodes séparées par presque cent ans. Les images, majoritairement fixes, suggèrent le calme, mais cette impression est contrebalancée par un texte qui rappelle l’état de sécheresse des années 1930, comme consigné dans les archives de la Saskatchewan.
Le film Extractions de Theo Jean Cuthand utilise des séquences trouvées, notamment des images d’archive d’explosions d’armes nucléaires et d’explosifs employés sur des sites d’extraction des ressources. Cuthand lie l’industrie extractiviste à d’autres manifestations du colonialisme et du capitalisme : la misogynie, l’homophobie et les systèmes d’adoption gouvernementaux qui ont retiré des enfants autochtones de leur famille. Alors que les images défilent sur l’écran et que Cuthand exprime ses inquiétudes, je ne peux m’empêcher de voir les liens avec les multiples génocides perpétrés aujourd’hui par les forces coloniales, notamment par les États-Unis et Israël.
L’histoire de Katherine Boyer, liée au déplacement de sa famille hors de Souris Valley – aujourd’hui le lac McDonald – est documentée dans A Valley in Twain. Ce lac recèle des souvenirs familiaux puisqu’autrefois ses eaux ont représenté la maison. Dans Shea, by Nasra de Effy Adar, un arbre de karité (sous la forme de beurre) accompagne une famille déplacée loin de sa maison. Le karité récite de la poésie et se souvient des ancêtres alors que la famille danse entre les plantes de son nouveau foyer.
Dans When Land and Body Merge, Lindsay Delaronde et Jaime Black sont liées malgré la distance, tout en collaborant avec le territoire. Dans la vidéo, un texte s’intercale entre des images de leurs actions, reliant ainsi leurs pensées intérieures au monde corporel et physique, et les liant l’une à l’autre.
Dans River Revelations de McDiarmid et Rousseau, la rivière trouve en moi un écho en tant que Winnipegoise, bien qu’elle soit différente de celles que j’ai connues dans ma ville. Les artistes illustrent diverses relations entre les êtres et les lieux, et abordent les relations à travers le temps. Alors que cette vidéo se conclut en nous transportant sous un ciel nocturne semblable à celui qui ouvre ce programme, cela me fait penser au lien que le ciel peut symboliser au-delà de la distance, du temps et des écologies apparemment disparates.

OnTheDayItStarted_Battle_1080

Dixon-winipekB1920

rousseau-midnightmigrationsA1920

houseman-collapsing-A-1920